TwitterFacebookGoogleLinkedInYouTube

4. Gouvernance Intelligente en Action: G20

Le Conseil du XXIe siècle, réuni en mai 2012 à Mexico, a proposé une approche hybride qui permettrait au G20 de fournir les biens publics mondiaux que l’on attend de lui.

Commençons par rappeler que des accords au sommet s’imposent pour toutes les questions relatives à la régulation de la finance, aux flux de capitaux transfrontaliers et aux opérations internationales de renflouement. Ces décisions doivent s’appuyer sur une « surveillance » forte et indépendante des économies du G20, en particulier en ce qui concerne celles de leurs pratiques qui contribuent aux déséquilibres macroéconomiques. Sur ce premier point, nous recommandons de créer un système de « doubles sherpas » : le premier serait permanent et le second changerait tous les ans. Ils seraient chargés de mettre en œuvre la continuité des politiques adoptées d’un sommet à l’autre et de veiller à son maintien. Ce système serait structuré par une « troïka » – la présidence en exercice du G20 associée à celle qui l’a précédée et à celle qui lui succédera –, ainsi que par l’accueil des économies émergentes du G20 dans les rangs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Parmi les tâches confiées aux membres du G20 – et de l’OCDE –, citons la mise en place d’une nouvelle méthode de mesure des échanges commerciaux, qui prendrait en compte la dispersion actuelle des capacités de production dans le monde (comme le montre la fabrication de l’iPad exposée au chapitre 4) et son impact sur le commerce et l’emploi. Toute coordination des politiques mondiales visant à réduire les déséquilibres devra reposer sur une analyse des faits objective et faisant consensus, sous peine de déclencher des tensions ou des conflits inutiles.
Enfin, une toile de réseaux nationaux ou régionaux doit être tissée par le bas dans le but de fournir les biens publics mondiaux attendus (par exemple une croissance peu gourmande en carbone afin de lutter contre le changement climatique). Elle naîtra des efforts conjoints de « coalitions de volontaires » qui tenteront de faire basculer la planète dans une nouvelle ère.

À l’instar des propositions formulées lors de la réunion du G20 qui s’est tenue en mai 2012 à Mexico, lorsque le président Calderón a concentré son propos sur la « croissance verte », des accords tels que le Mécanisme pour un développement propre prévu par le traité de Kyoto pourraient être encouragés. Il s’agit, pour résumer, d’une « plateforme [mondiale] de commerce de matières premières sous la forme de permis d’émissions de carbone », qui permet l’échange de droits entre entités nationales et régionales ayant déjà instauré un système de plafonds et d’échange ou prévoyant de le faire – comme la Californie, l’Australie, le Québec, certains pays européens et quelques provinces chinoises. Les liquidités générées par ces transactions pousseraient d’autres entités à rejoindre le système.

Il a également été envisagé de relier le R20 (ou « G20 régional ») aux objectifs du G20 en matière de changement climatique. Le R20 a été fondé par Arnold Schwarzenegger lorsqu’il était gouverneur de Californie. Ses membres incluent, entre autres, l’État indien du Gujarat, le gouvernement provincial du Gyeonggi en Corée du Sud et la région des Pouilles en Italie. L’idée est que, même si les efforts pour la lutte contre le changement climatique ou la promotion des énergies propres sont contrariés au niveau mondial ou à celui des États- nations, les entités régionales peuvent avancer et tenter de développer une masse critique par le bas.

Outre ces recommandations à l’attention du G20, le Conseil du XXIe siècle s’est lancé dans d’autres projets où ses réseaux personnels peuvent lui permettre d’avoir un impact direct. Il s’est par exemple attelé à concrétiser la vision de Zheng Bijian d’une « communauté d’intérêts » unissant la Chine et les États- Unis, locomotives de l’économie mondiale. Dans cette optique, il a encouragé la Chine à utiliser ses excédents sous la forme d’investissements directs étrangers destinés à financer le développement des infrastructures et la promotion de l’emploi aux États- Unis – une approche élégante de la quadrature du cercle des échanges commerciaux et de l’emploi qui contre la progression des visées protectionnistes en prouvant que la mondialisation peut générer des emplois des deux côtés du Pacifique.

Lors de la visite de Xi Jinping en Californie en février 2012 – au cours de laquelle un prince héritier s’est adressé à un autre, puisque le père du gouverneur Jerry Brown était lui- même gouverneur et que celui de Jinping a été l’un des membres éminents du Politburo –, Brown a demandé si la Chine pourrait envisager de participer au financement du système ferroviaire à grande vitesse californien, estimé à 90 milliards de dollars, et d’investir dans les « zones plug and play* » des régions les plus pauvres de l’État en richesses et en emplois, comme la Vallée centrale ou le comté de Riverside.
Cette dernière proposition, elle aussi marquée par une symétrie, ne manque pas d’élégance. Lorsque Brown a effectué une visite dans la province du Guangdong au début des années 1980, juste après son premier mandat au Capitole, il a été accueilli par le père de Xi Jinping, Xi Zhongxun, alors gouverneur du Guangdong. Très proche de Deng Xiaoping, Xi Zhongxun était l’instigateur de l’expérience inédite de la « zone économique spéciale » de Shenzhen, lancée à cette époque en Chine. Et il était alors à l’affût d’investissements américains!

Fort de son réseau de contacts en Californie (par le biais du Think Long Committee), de ses liens avec la haute direction du fonds China Investment Corporation et de ses relations avec Zheng Bijian, le Conseil du XXIe siècle a pu faciliter l’avancée de ces projets.

Le projet concernant le G20 n’est qu’un exemple parmi d’autres de la façon dont un groupe « mondial de la société civile » comme le Conseil du XXIe siècle peut, avec l’aide d’entreprises et de gouvernements, contribuer à tous les niveaux à résoudre les contradictions liées au transfert actuel de pouvoir dans le monde (divergence versus convergence ; dimension locale versus dimension mondiale).

Le nouveau paradigme de la gouvernance intelligente (« décentralisation, implication et division décisionnelle ») peut renforcer la « légitimité primaire » dont le G20 aura besoin pour relever les grands défis mondiaux de notre époque.
L’alternative serait un vide du pouvoir, puis sa dérive, et enfin la menace de conflits ravageurs. La priorité numéro un pour la gouvernance mondiale est de faire tout ce qui est possible pour que le présent se rapproche davantage des années 1950 que des années 1910.